lundi 1 avril 2013

La voix humaine

la voix humaine


La leçon de chant 
(Casper Netscher, Hollande, XVIe siècle)

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L'INSTRUMENT VOCAL HUMAIN

Le fonctionnement de l'appareil vocal passe par la combinaison des trois éléments suivants: 1) un matériau qui puisse vibrer (les cordes vocales) 2) un mécanisme qui le puisse le faire vibrer (l'appareil respiratoire) 3) Une caisse de résonance qui va amplifier la vibration (les cavités que constituent la bouche, le nez, et le pharynx. Auxquelles s'ajoute l'acoustique de la salle. Bien entendu, en ce qui concerne les mécanismes du langage parlé, c'est beaucoup plus complexe. Toute production sonore de la moindre syllabe implique l'intervention de plusieurs systèmes musculaires, ainsi que l'encéphale (aires auditives et motrices, circuits de neurones d'association, certaines parties internes du cerveau, et presque tous les nerfs crâniens).
LA VOIX ET L'OREILLE

L'ouïe apparaît dès le 5ème mois du fœtus. L'appareil auditif met principalement en jeu: l'oreille externe, moyenne, et interne. Les voies nerveuses, le cerveau. L'oreille perçoit, transmet et transforme les vibrations sonores. Ses déficiences ou carences se répercutent ainsi sur le parler (la voix des malentendants reproduit la distorsion du son entendu). L'enfant cherche naturellement à reproduire les sons entendus, d'où l'extrême importance des modèles vocaux qui lui sont proposés. De la qualité de cette perception dépendra la faculté à reconnaître et différencier les sons. L'ouïe doit être protégée au même titre que la vue. C'est pourquoi apprendre à parler, à chanter, c'est d'abord apprendre à écouter les autres, à s'écouter soi-même.

LES TROIS COMPOSANTES MÉCANIQUES QUI ENTRENT DANS LE PHÉNOMÈNE DE PRODUCTION VOCALE L' APPAREIL RESPIRATOIRE:
LES POUMONS

"Qui est maître de sa respiration est maître de son corps, Qui est maître de son corps est maître de soi, Qui est maître de soi est maître de tout" (Principe du Yoga)
Les poumons sont les organes principaux de l'appareil respiratoire. Ils assurent deux fonctions essentielles: -l'oxygénation du sang - le moteur de la soufflerie de l'appareil vocal. Pendant l'inspiration, l'air pénètre dans les poumons par une série de cavités (le nez, la bouche, le pharynx, la trachée et les bronches qui conduisent aux alvéoles pulmonaires.
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Lors de l'expiration, l'air emprunte le trajet inverse. Pendant la déglutition, le bol alimentaire est automatiquement conduit vers l’œsophage par un acte réflexe qui commande à la fois l'abaissement de la langue et de l'épiglotte (coiffant ainsi le larynx), et l'élévation du larynx.

LES DIFFÉRENTES FORMES DE RESPIRATION

1) La respiration de la ceinture scapulaire: les épaules se lèvent et s'abaissent n'entraînant que la dilatation de la partie la plus réduite des poumons. Le diaphragme n'est pas sollicité. Respiration courte et fréquente, à déconseiller. 2) La respiration thoracique: les côtés du thorax s'élargissent; le diaphragme fonctionne peu, les épaules restent immobiles. Cette pratique complète la respiration abdominale qui est essentielle. 3) La respiration abdominale: Pendant l'inspiration le ventre s'arrondit (sans pour autant se remplir d'air), le diaphragme s'abaisse, facilitant ainsi l'accroissement du volume pulmonaire.
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L'association des deux types de respiration aboutirait à une inspiration forcée correspondant à un volume thoracique maximum. Dans la pratique du chant, les deux modes sont néanmoins associés avec une prédominance de la respiration abdominale en liaison avec une projection antérieure du sternum et donc une horizontalisation des côtes mais sans élévation des épaules permettant le meilleur "remplissage" possible de la cage thoracique sans "forcer".
Expiration: Pendant l'expiration, le diaphragme se lève et chasse l'air des poumons. Il se comporte alors comme un véritable piston.

UTILITÉ D'UNE BONNE RESPIRATION

Peu de personnes savent bien respirer. Un geste respiratoire inconsistant peut provoquer des troubles dès qu'il s'agit de parler fort (enrouements fréquents, fatigues...). Pour chanter, l'inspiration et l'expiration normalement pratiquées sont insuffisantes. Aussi est-il nécessaire de réaliser tous les jours des exercices de respiration profonde (respiration costo abdominale) qui permettront, d'une part, d'obtenir un assouplissement et un meilleur contrôle de tous les muscles du thorax et, d'autre part, un accroissement de la capacité pulmonaire offrant ainsi une meilleure résistance à la fatigue.

QUELQUES DÉFAUTS RESPIRATOIRES

- Une respiration insuffisante n'apporte pas une pression d'expiration assez puissante et régulière pour faire vibrer et maintenir les cordes vocales à la bonne fréquence. Lors de l'exécution d'un chant a cappella, la tonalité a tendance à baisser. Cela est dû en partie à une carence respiratoire.
-Une respiration "courte" n'autorise pas une durée de phonation suffisante sur une note. Le chanteur a donc des difficultés pour accéder à un bon phrasé musical et nuancé car il est contraint à respirer fréquemment.
-Une respiration "irrégulière" génère un souffle mal maîtrisé qui se traduit par une voix brisée ou chevrotante. -Une respiration excessive entraîne une pression d'air expiré trop élevée qui fait monter la voix, altère son éclat, sa plénitude ou lui confère un caractère voilé ("venteux").
LA CAGE THORACIQUE délimitée par les côtes, le sternum et le diaphragme, abrite les poumons et le cœur.

L' APPAREIL PHONATEUR: LE LARYNX

Le larynx est composé d'une armature fibro cartilagineuse qui comprend essentiellement 4 éléments: -Le cartilage cricoïde (prolonge le premier anneau de la trachée). -Le cartilage thyroïde (a la forme d'un livre ouvert en arrière, la saillie s'appelle "pomme d'Adam" et est plus développée chez l'homme. -L'épiglotte (sorte de languette cartilagineuse qui obture le larynx pendant la déglutition) -Les aryténoïdes (2) situés au-dessus du chaton cricoïdien.
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PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT

L'air expulsé par les poumons traverse le bulbe laryngé où se trouvent les cordes vocales. Il s'agit, en fait, de replis jointifs, horizontaux, constitués de ligaments t de muscles, qui délimitent la glotte. Lors de la phonation, au moment où s'exerce la pression sous glottique, les cordes vocales mises en position pré-phonatoire par les centres moteurs (nerf récurrent et nerf laryngé supérieur) se contractent et vibrent, générant ainsi des fréquences sonores dans la cavité pharyngo-buccale à l'origine de la voix. La hauteur du son dépend de la tension et de la longueur des cordes vocales. Le relâchement et la tension de ces cordes vocales sont la résultante des courts glissements et des mouvements de bascule engendrés par le jeu des articulations entre le cartilage cricoïde, les aryténoïdes et le cartilage thyroïde. Cette mobilité, qui conditionne le bon fonctionnement de tous les organes entrant dans le mécanisme complexe de la production vocale, est rendue possible par la présence d'un ensemble de muscles comprenant essentiellement: les muscles tenseurs de la corde vocale (les crycothyroïdiens), les muscles dilatateurs de la glotte (crico aryténoïdiens), et le muscle constituant la corde vocale, lui-même partie interne du sphincter laryngé.

LA MUE

Elle se produit en général entre 12 et 15 ans, au moment de la puberté. Les transformations physiques entraînent (via le développement du larynx), un allongement des cordes vocales ce qui rend la voix plus grave, en moyenne d'une octave chez les garçons, de 2 à 3 tons chez les filles. Cette modification peut être très brutale (quelques jours: la voix devient rauque et n'émet que des sons graves) ou beaucoup plus progressive (quelques mois: ce phénomène se produit souvent aux alentours du printemps). Lors de la mue on demandera à l'élève de ne pas forcer sa voix, ni crier. Il faut les mettre en confiance et éviter les réflexions. Ces changements ont pour origine des processus hormonaux en rapport avec le développement des organes génitaux ce qui explique pourquoi chez les castrats la voix reste très claire du fait de l'arrêt de la croissance du larynx.

L' APPAREIL RÉSONATEUR

Les cordes d'une guitare, d'un violon, les lames d'un xylophone ou d'un vibraphone produiraient par elles seules un son bien pauvre si ces instruments n'étaient pas dotés d'une caisse de résonance. Il en est de même pour la voix humaine dont l'appareil résonateur est constitué par une série de cavités (pharynx, bouche, naso pharynx, fosses nasales, cage thoracique) dont le volume, contrairement aux instruments, est différent suivant la morphologie et l'âge de la personne, les variations de taille et de forme, des organes, à tout moment de la phonation en raison de l'action: -des mâchoires: l'ouverture ou la fermeture progressive du maxillaire inférieur augmente ou diminue immédiatement le volume de la cavité buccale. -de la langue, organe mobile très souple, qui de sa base à sa pointe modifie ses formes et sa position lors de la prononciation de chaque consonne ou voyelle. -des lèvres qui corrigent la longueur du résonateur buccal et son ouverture au moment de l'émission sonore. Elle doivent être souples et détendues. -du pharynx dont la longueur et le diamètre varient en fonction de l'élévation ou de l'abaissement du larynx. -du voile du palais qui s'abaisse lors de la respiration ou de l'articulation des sons nasalisés (et se relève au moment de la déglutition). On peut corriger les défauts des voix dites "nasillardes" en apprenant à soulever le voile du palais.

QUELQUES ÉLÉMENTS DE TECHNIQUE ET MAÎTRISE VOCALES

1) ATTAQUE, SOUTIEN ET ARRÊT DU SON: Attaque: pour bien entamer un son, il faut pouvoir bloquer l'air dans la zone sous-glottique jusqu'au moment voulu afin d'en tirer la meilleure utilisation possible. Une attaque douce suppose: une pression d'air adéquate, une ouverture correcte des cavités de résonance, une prise de conscience de la hauteur et de la qualité du son émises. Eviter l'attaque brusque par un coup de glotte, comme dans le cri (exercices de résonance recommandés). L'attaque molle, souvent précédée d'un port-de-voix (des vocalises en "staccato" sont conseillées). L'attaque soufflée s'améliore par un travail sur les syllabes commençant par des "dentales". Soutien: La colonne d'air doit prendre appui sur le diaphragme et le souffle doit constamment garder le contact avec les résonateurs afin d'éviter toute déperdition sonore (la voix est dite "voilée" quand elle perd de son ampleur et de sa stabilité). Arrêt: Il faut tenir la dernière note et coordonner l'arrêt simultané du souffle et du son.
2) ARTICULATION: A) des Voyelles: elles changent la couleur du son. Par le travail vocal, on peut améliorer la qualité du timbre de la voix dans les différentes voyelles et diphtongues. Celles-ci doivent être bien différenciées sans être trop disparates. Les voyelles "a, e, i" telles qu'on les parle manquent souvent de rondeur dans le chant. Les diphtongues nasales ("on, an, un") aident beaucoup à la pose de la voix dans le grave et le médium. Elles font chanter "contre le nez", zone où le son prend le maximum de résonance. B) des Consonnes: Ce sont les "percussions" du langage. Dans le chant, on peut les doubler sans craindre l'exagération. Une prononciation nette est le meilleur moyen de doser le souffle. Il faut cependant respecter la continuité du son. Plus le son est aigu, plus les paroles vont être altérées.
3) JUSTESSE: C'est la première qualité du chanteur. Le manque de justesse peut venir d'une mauvaise respiration. Mais ce problème peut être lié à une carence d'audition intérieure aussi.
LA VOIX ET LE CORPS

"Si l'on s'occupe de son corps, on a quelque chance de s'apercevoir qu'on possède aussi un esprit" (Maurice Béjart)
L'état corporel et mental compte pour beaucoup dans la qualité de l'émission d'un son. Les personnes déprimées, timides, celles qui sont mal dans leur peau, connaissent une perte de "tonus" dans leur émission vocale. Il est bon de faire précéder tout travail vocal d'une "mise en condition physique": Par des exercices d'assouplissement (rotation du buste, détente des bras et poignets, tension et détente des bras à l'horizontale et à la verticale), élévation et abaissement des épaules, étirement en arrière, roulements de la tête lentement, devant et sur les côtés, les mâchoires, ouvrir, fermer, garder la position, geste du baillement pour assouplir le palais, tirer et rentrer la langue, avancer les lèvres en "pavillon" ou les rendre molles, soulèvement des pommettes, massage du visage).Par un échauffement (du larynx, des muqueuses nasales, à l'aide de massages). Durant tous ces exercices, veiller à sa tenue corporelle: position debout, stable, pieds légèrement écartés, bras le long du corps, tête droite.
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Pour en savoir plus: dossier "Ecoute et découverte de la voix" (Asselineau-Berer) chez Fuzeau


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